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Les retrouvailles : partie II

  • Photo du rédacteur: Marjorie
    Marjorie
  • 20 févr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 févr.

Janvier 2023.


La famille de Juana vient nous chercher à l’aéroport.


Ce quatrième voyage au Guatemala est le début d’un autre chapitre dans l’histoire de mes retrouvailles. Depuis que je suis revenue de Caroline du Nord, j’ai des contacts quotidiennement avec ma maman. Mais ce n’est pas tout. En retrouvant maman, j’ai aussi retrouvé toute ma famille et j’irai maintenant à leur rencontre.


Avant de m'y rendre, j’ai tout de même prévu passer quelques jours à la capitale accompagnée de quatre amis adoptés. Juana, Francisco, Maria, adoptée à l’âge de 3 mois, à la recherche de sa famille et dont l’avocate était également Susana Muñoz Gonzalez ainsi que Miguel, aussi à la recherche de sa famille et adopté à l’âge 6 ans avec sa sœur Elisa.


Nous séjournons dans la maison voisine de celle de la mère de Juana. Maria et moi partageons la même chambre, alors que les gars ont chacune la leur. Nous n'avons jamais passé autant de temps ensemble, mais nous avons un point commun qui nous unit et qui rend ce voyage doublement spécial pour moi.


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Nous arrivons au terminal de la zona 4 dans la capitale. Nous avons environ 4 heures d’autobus à faire avant d’arriver à Asunción Mita. Juana et Maria m’accompagnent. Je suis contente de ne pas être seule. Tout d’abord, parce que je ne suis jamais allée dans cette partie du Guatemala, mais aussi, parce que je suis fébrile.     


Depuis que je suis arrivée au Guatemala, je parle avec mon frère Esvin tous les jours. Ma famille et lui m’attendent avec impatience. Moi aussi, j’ai hâte de les rencontrer. La sensation est différente de celle que j’ai ressentie lorsque je suis allée en Caroline du Nord retrouver ma maman.


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L’autobus arrive à la garrita de Asunción Mita. Nous débarquons, prenons nos valises et restons sur le bord de la route. Déjà je tente de me repérer dans ce nouveau décor. Il y a beaucoup de gens, de voitures et de bruit. Et puis je le vois. Sans savoir pourquoi, je le reconnais immédiatement. Évidemment, j’ai vu des photos de lui, mais c'est plus fort que ça. C'est instinctif. Mon frère est là, devant moi. On se saute dans les bras, de façon naturelle. Ma nièce et mon neveu sont également avec lui.


Nous montons tous à bord d’un tuktuk en direction de sa maison. Ma nièce est collée sur moi. On se connait depuis à peine quelques minutes, mais déjà elle me fait confiance et elle est consciente, du haut de ses 3 ans, que je suis sa tante.



Nous arrivons devant la maison. En entrant, je rencontre Rosa, la conjointe de mon frère. L’intérieur de la maison est peint en vert. Le salon et la salle à manger sont une seule et unique grande pièce. Au fond à gauche se trouve la cuisine et au fond à droite, une chambre que mon frère et sa famille partage. Sur le mur du salon, une banderole « Bienvenue » et des ballons sont accrochés. Je suis émue.


Lorsque je suis arrivée à Montréal, le 9 juin 1993, j’ai aussi été accueillie par une banderole « Bienvenue » à l’aéroport par ma famille adoptive.


Petit à petit, les membres de ma famille arrivent. Pour la première fois, je rencontre mes tantes. L’une d’elle ressemble beaucoup à ma maman. Et puis mon oncle arrive à son tour. Ma mère n’a qu’un seul frère. Mon oncle, célibataire et sans enfant, est un peu comme une figure paternelle pour tous les enfants. En parlant d’enfants, ils ne cessent d’arriver. Des cousins, cousines, les enfants de certains cousins, bref la maison de mon frère est remplie. Mes sœurs m’avaient prévenu, mais je suis quand même surprise. Et aussi admirative. J’arrive vraiment dans un nouveau monde.


Après quelques photos, nous quittons vers la maison de ma tante Flora. Arrivée chez elle, tout le monde prend une chaise et s’installe. La maison de ma tante est le lieu de rassemblement de la famille. Tout le monde s’y réunie, plusieurs fois par semaine, pour prendre le café. Une chance que Juana et Maria sont présentent parce que je suis, à ce moment, de très peu de mots. Je tente simplement d’assimiler tout ce qui se passe. J’observe les interactions et j’écoute les discussions. Je suis fascinée. Les enfants courent partout, jouent ensemble. Il est impossible pour moi de retenir tous leurs noms.


Ma nièce et mon neveu, eux, sont collés sur moi. Je suis touchée de cet amour. Et non seulement le leur, mais par celui tout le monde. Je sens que tous et toutes sont heureux de me voir. Pour moi, c’est difficile à comprendre. Il y a quelques mois, toutes ces personnes ne connaissaient pas mon existence. Malgré tout, je sens que je fais partie de la famille à part entière. Comme si je revenais simplement d’un voyage et que nous n’avions jamais été séparés.


J’ai tant de questions. Je profite d’un moment où l’on parle du père de mes sœurs pour demander à mes tantes si elles ont connu le mien. À peine le dernier mot sorti de ma bouche, je vois le malaise s’installer. Je n’insiste pas plus.  


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Je n’ai prévu que de passer que quelques jours auprès de ma famille. Bien qu’une de mes tantes ait offert de m’héberger avec mes amies, nous avons décidé de nous louer une chambre dans un petit hôtel. Une chance parce que l’aire climatisée n’est pas de refus dans une chaleur aussi accablante, mais aussi parce que une bouteille de vin et un moment entre filles est nécessaire après une journée aussi haute en émotion.


Au courant de cette fin de semaine, mon frère m’a montré l’endroit où se trouvait la maison de mes grands-parents autrefois. Il m’a également amené à la rivière où mon oncle l’amenait, avec mon autre frère, pêcher lorsqu’ils étaient jeunes. Nous sommes aussi allés au cimetière voir la tombe mon grand-père paternel et puis, nous nous sommes baignés à Atatupa où ma mère allait également lorsqu’elle était jeune.


À chaque endroit visité, j'ai fermé les yeux puis j’ai laissé le vent et la chaleur se déposer sur mon visage. Je me suis imaginée ce que ma vie aurait été si j’avais grandi ici, entourée des miens. À tous ces souvenirs que j’aurais créés avec ma famille, mais que je ne peux qu’inventer malheureusement.



Mon départ de Asunción Mita est difficile. Je fais la promesse sincère à mon frère de revenir le voir aussi souvent que possible. La connexion que j’ai ressentie avec lui ne peut s’expliquer avec des mots.  Moi qui aie grandi enfant unique, je comprends maintenant tout ce que j’ai manqué durant tant d’années. Heureusement, plus rien ne nous séparera.


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